Le chiffre annoncé n'est pas celui que vous paierez
C'est le premier malentendu, et il fait prendre de mauvaises décisions : le prix qu'un EMS vous communique au téléphone n'est pas la somme qui sortira du compte de la famille. Entre les deux se trouve un système de financement qui, utilisé correctement, change l'ordre de grandeur — et qui, ignoré, fait croire à une famille qu'elle ne peut pas se permettre un établissement qui est en réalité à sa portée.
Il vaut la peine de comprendre le mécanisme avant de regarder les chiffres.
La facture se lit en trois blocs
Les soins. Ils sont couverts en grande partie par l'assurance maladie obligatoire, selon le niveau de soins reconnu. Plus le besoin est élevé, plus la part de l'assurance est importante : c'est la raison pour laquelle une personne très dépendante ne coûte pas automatiquement plus cher à la famille qu'une personne autonome.
Le prix de pension. Hébergement, repas, encadrement de base, animation : cette part est à la charge du résident. C'est là que les établissements diffèrent, et c'est la seule ligne sur laquelle il est réellement utile de comparer deux EMS.
Les prestations personnelles. Coiffeur, pédicure, téléphone, produits non compris, transports, accompagnements aux rendez-vous médicaux. C'est le poste que personne n'anticipe et qui surprend à la fin du mois.
À titre indicatif, la part à la charge du résident se compte en milliers de francs par mois, avec des écarts sensibles selon le canton, l'établissement et le type de chambre. Mais ce chiffre seul ne dit presque rien — parce que très peu de résidents le paient entièrement seuls.
Les prestations complémentaires : la part qui change tout
Quand la rente AVS et la fortune ne suffisent pas à couvrir le séjour, les prestations complémentaires (PC AVS/AI) interviennent. Deux choses méritent d'être dites clairement, parce que c'est là que les familles se bloquent :
Ce n'est pas de l'aide sociale, et il n'y a aucune honte à les demander. C'est un droit prévu par le système, et une part très importante des résidents d'EMS en Suisse en bénéficie. C'est le fonctionnement normal, pas l'exception.
Elles se calculent sur la différence entre dépenses reconnues et moyens disponibles. Le montant ne dépend donc pas d'un seuil fixe mais de votre situation concrète : une même personne peut n'avoir droit à rien en vivant chez elle et y avoir droit dès l'entrée en EMS, parce que les dépenses reconnues changent complètement.
Le conseil le plus important de cet article : déposez la demande dès que l'entrée se profile, pas après la première facture. Le droit court en principe depuis le mois du dépôt. Chaque mois d'attente est un mois que personne ne vous rendra. Et il n'est pas nécessaire d'attendre la décision pour entrer : les deux démarches avancent en parallèle.
L'allocation pour impotent, que presque personne ne demande
C'est un droit distinct et cumulable avec les PC, lié au besoin d'aide pour les actes ordinaires de la vie. Dans les situations qui mènent à un EMS — et particulièrement en cas de démence avancée — les conditions sont fréquemment remplies, et pourtant beaucoup de familles ne la demandent jamais, simplement parce que personne ne leur en a parlé.
Si vous lisez cet article parce qu'une entrée se profile, c'est la deuxième question à poser à votre caisse de compensation, juste après celle sur les PC.
Les trois erreurs les plus coûteuses
- Attendre la facture pour demander les droits. Cela coûte des mois, et ces mois ne se rattrapent pas.
- Écarter un établissement sur la seule base du prix affiché, sans avoir vérifié ce qu'il comprend ni calculé le droit aux PC. Cette comparaison-là ne veut rien dire.
- Craindre de devoir vendre le bien immobilier avant même d'avoir posé la question. La fortune entre dans le calcul, mais la manière dont elle y entre dépend du cas concret : c'est une question pour la caisse de compensation, pas une décision à prendre seul sur la foi du récit d'un voisin.
Pour le détail de la répartition entre résident, PC et aide sociale, voir Financer un séjour en EMS : qui paie quoi, et sur la responsabilité de paiement, Qui signe le contrat de l'EMS.
Comparer réellement deux établissements
Demander « combien ça coûte ? » produit des réponses non comparables. Demandez plutôt, par écrit :
- le prix de pension journalier à la charge du résident, pour le type de chambre qui vous intéresse ;
- ce qui est compris et surtout ce qui ne l'est pas : blanchisserie, produits d'hygiène, coiffeur, transports, accompagnements médicaux ;
- si le prix varie selon le niveau de soins, et de combien ;
- quels suppléments s'appliquent pour une chambre individuelle ou avec vue ;
- avec quel préavis le prix peut être modifié.
Deux EMS qui annoncent le même tarif peuvent différer de plusieurs centaines de francs par mois une fois les suppléments additionnés. C'est là que tout se joue, pas dans le chiffre de la brochure.
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Questions fréquentes
Le prix est-il le même partout en Suisse romande ? Non. Il varie selon le canton, l'établissement et le type de chambre. C'est pourquoi élargir la recherche de quelques kilomètres change souvent aussi la facture.
Si l'état s'aggrave, le prix augmente-t-il ? La part soins suit le niveau reconnu, mais c'est aussi la part la plus couverte par l'assurance. Le prix de pension ne dépend en principe pas de l'état de santé.
Un court séjour coûte-t-il autant qu'un séjour définitif ? Les conditions diffèrent selon les cantons et les établissements : demandez-les explicitement, elles sont souvent plus accessibles que ce que les familles imaginent.
La comparaison, déjà faite
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*Les prix de pension, niveaux de soins, montants des PC et de l'allocation pour impotent sont fixés au niveau fédéral et cantonal et révisés régulièrement : vérifiez toujours l'état actuel auprès de votre caisse de compensation, du service cantonal compétent et de l'établissement. Cet article est une information générale et ne remplace pas un conseil financier ou juridique.*
Si le problème est la facture, pas la place
Ce qu'une famille paie réellement se décide rarement au tarif journalier de l'EMS, mais sur trois démarches : les prestations complémentaires (PC), déposées auprès de la caisse de compensation AVS de votre canton, qui comblent l'écart entre la rente et le coût de l'EMS ; l'allocation pour impotent, à laquelle beaucoup ont droit sans jamais la demander ; et la participation de l'assurance-maladie aux soins, qui ne couvre que la part soins — la pension et l'accompagnement restent à votre charge.
Les PC sont accordées à partir du mois de la demande et pratiquement jamais rétroactivement : la démarche se fait au moment de l'entrée, pas dans les semaines qui suivent.