L'appel dure quarante secondes. « Votre maman a fait une petite chute cette nuit, elle va bien, on voulait juste vous prévenir. » Vous raccrochez soulagé — et vous n'avez appris presque rien.
Une chute n'est pas un incident isolé : c'est une information clinique. La première chute augmente nettement le risque des suivantes, et la chute que personne n'analyse se répète. Ce que vous demandez dans les 48 heures change ce qui se passera le mois prochain.
1. Les questions à poser tout de suite
Posez-les au téléphone, calmement, et notez les réponses avec la date.
- Quand exactement, et où ? Une chute à 3 h du matin dans la chambre, en allant aux toilettes, n'a rien à voir avec une chute à 15 h au salon.
- L'a-t-on trouvée par terre, ou l'a-t-on vue tomber ? « Trouvée » veut dire que personne ne sait depuis combien de temps elle était au sol. C'est la question la plus importante et la moins posée.
- Qui l'a examinée, et à quelle heure ? Une assistante en soins, l'infirmière, le médecin répondant ?
- A-t-on vérifié un traumatisme crânien ou une fracture — et sinon, sur quelle base ?
- A-t-elle mal, et que lui a-t-on donné ?
- Est-ce la première fois ? Demandez le nombre de chutes des trois derniers mois. La réponse est presque toujours plus élevée que ce que vous pensiez.
- Qu'est-ce qui a changé depuis ? Si la réponse est « rien », vous savez à quoi servira le reste de la semaine.
Deux précisions. Une fracture du col du fémur n'empêche pas toujours de marcher : les fractures engrenées passent inaperçues pendant des jours. Et si elle prend un anticoagulant, un choc à la tête impose un seuil beaucoup plus bas pour le scanner. Dites-le explicitement et demandez quelle surveillance a été prévue.
2. Le levier suisse que peu de familles connaissent
En Suisse, les mesures limitant la liberté de mouvement dans un établissement — barrières de lit, ceinture au fauteuil, porte verrouillée, fauteuil dont on ne peut pas se lever — sont encadrées par le Code civil (art. 383 à 385).
Ce que cela signifie concrètement
- la mesure doit être la moins restrictive possible, limitée dans le temps, et régulièrement réévaluée ;
- l'établissement doit informer la personne et ses proches, et tenir un protocole écrit de chaque mesure : qui l'a décidée, pourquoi, pour combien de temps ;
- tout proche peut en appeler par écrit à l'autorité de protection de l'adulte (APEA) contre une mesure de contention. Vous n'avez besoin ni d'un mandat, ni d'un avocat.
C'est le levier le plus efficace du droit suisse dans ce domaine, et il est très peu utilisé. La phrase qui fonctionne : « Je vous demande de me communiquer le protocole de la mesure : qui l'a décidée, pour quelle durée, et à quelle date elle sera réévaluée. »
La chute elle-même doit être consignée au dossier de soins. Le médecin répondant de l'EMS est votre interlocuteur pour la partie clinique ; la direction, pour l'organisation.
3. Ce que doit contenir une vraie analyse de chute
Une chute classée « accident » est une occasion manquée. Une vraie analyse cherche des causes modifiables :
- Les médicaments. Le premier levier, et de loin. Somnifères, calmants, neuroleptiques, antihypertenseurs, antidiabétiques augmentent tous le risque. Demandez une révision du traitement au médecin, avec une question précise : « Y a-t-il quelque chose qu'on peut alléger ? »
- La tension couché-debout. Trois minutes, et cela explique une grande part des chutes.
- La vue et l'audition. Quand a eu lieu le dernier contrôle ? Les lunettes sont-elles à la bonne correction — et arrive-t-on à les retrouver ?
- Les pieds et les chaussures. Ongles, cors, pantoufles ouvertes à l'arrière : un détail banal qui est un facteur de chute majeur.
- La force et l'équilibre. Physiothérapie, moyen auxiliaire réglé à la bonne hauteur, mouvement quotidien plutôt qu'un groupe hebdomadaire.
- L'environnement et la nuit. Éclairage, hauteur du lit, barre d'appui, trajet vers les toilettes, sonnette à portée de main — et surtout le délai de réponse à la sonnette la nuit.
- L'infection urinaire et la déshydratation, qui provoquent confusion et chutes et qu'on ne cherche pas systématiquement.
4. Ce qu'on va peut-être vous proposer — et qui n'est pas une solution
Les barrières de lit. Elles ne réduisent pas les chutes : elles en augmentent la gravité, parce qu'on tombe de plus haut. Et ce sont des mesures limitant la liberté de mouvement, avec tout ce que cela implique (voir plus haut).
Un sédatif « pour qu'elle ne se lève pas ». C'est une contention chimique. Demandez lequel, pourquoi, et quand il sera réévalué.
« On va la rapprocher du bureau. » Utile, mais ce n'est pas une analyse de chute.
5. Les chutes à répétition disent autre chose
Trois chutes en deux mois, ce n'est pas de la malchance. Cela signale en général l'une de ces quatre choses : un traitement à revoir, une maladie évolutive qu'on n'a pas encore nommée, un besoin de surveillance qui dépasse ce que l'EMS organise la nuit, ou un syndrome post-chute — cette peur de tomber qui raidit la marche et provoque, elle aussi, des chutes.
C'est le moment de demander un entretien formel — direction des soins, médecin répondant, vous — par écrit et avec une date. Et de poser la question qui compte : « Avec la dotation de nuit dont vous disposez, êtes-vous en mesure d'assurer la surveillance dont elle a besoin ? » La réponse honnête, quand elle vient, vous dit si l'EMS convient encore.
6. Si rien ne bouge
Dans l'ordre, et par écrit à chaque étape
- La direction de l'EMS, par courriel, avec les dates et les faits.
- L'autorité de protection de l'adulte (APEA), pour toute mesure limitant la liberté de mouvement.
- Le service cantonal de la santé publique, autorité de surveillance des EMS : c'est lui qui autorise et contrôle les établissements.
- La commission de médiation ou l'ombudsman santé de votre canton, selon l'organisation cantonale.
- Alter ohne Gewalt / Vieillesse sans violence — 0848 00 13 13, s'il y a un doute de maltraitance ou de négligence.
7. Rester ou changer d'EMS
Un déménagement désoriente, surtout en cas de troubles cognitifs, et ce n'est pas la première réponse. Mais si les chutes se répètent, si la dotation de nuit ne permet pas la surveillance nécessaire et si rien ne change après une demande écrite, alors chercher ailleurs n'est pas une trahison : c'est la suite logique. Le financement d'un changement est expliqué ici : financement EMS, qui paie quoi.
Menez les deux pistes en parallèle — la demande à l'établissement d'un côté, les alternatives de l'autre.
Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : prestations complémentaires, allocation pour impotent, oppositions.
Curalune Aide (CHF 99) prépare en général sous 24 heures ouvrables une sélection ordonnée de 3 à 5 EMS adaptés à votre région — avec les contacts, un message prêt à envoyer et les questions à poser sur la dotation de nuit et la prévention des chutes.
*Informations générales, pas un avis médical. L'admission, les prix et les disponibilités sont toujours confirmés par les établissements et les autorités compétentes. En cas d'urgence : 144.*